Attentat d’Ottawa: Josh Wingrove raconte comment il a tourné la vidéo qui a fait le tour de la planète

Par Tamara Baluja, rédactrice en chef adjointe de J-Source

Traduction d’un article paru sur J-Source le 23 octobre 2014

Capture3

Ce n’est pas comme si Josh Wingrove n’avait jamais connu de situation dangereuse avant cela. Le correspondant parlementaire du Globe and Mail a d’ailleurs suivi une formation en sécurité en 2009, juste avant de partir en Afghanistan où il fut embedded avec les Forces armées canadiennes. Mais jamais il n’aurait imaginé être le témoin d’une fusillade sur la colline parlementaire à Ottawa, là où il détient son bureau.

Au lendemain du drame, M. Wingrove reste humble par rapport à son action. Selon lui, il a seulement profité du fait qu’il était au bon endroit au bon moment pour prendre la vidéo.

Mercredi matin, il se trouvait dans une alcôve, en train d’écrire un article tiré de l’entrevue qu’il venait d’avoir avec le ministre de la justice Peter MacKay. Il écoutait son enregistrement avec des écouteurs sur les oreilles lorsqu’il a entendu un bruit sourd.

«Vous comprenez, j’ai d’abord pensé qu’une bibliothèque était tombée, raconte-t-il. Parce que le son était étouffé. C’est alors que j’ai vu de la fumée et que je l’ai sentie. Mais là encore, je me suis dit, non, je suis tout de même à Ottawa. Ça ne peut pas arriver. Et là, j’ai vu des gens courir et crier, armes au poing. J’ai compris que c’était réel.»

Le reporter dit ne pas se souvenir de ce qui lui est passé par la tête à ce moment-là pour qu’il entre dans l’action, plutôt que de rester en retrait pour la couvrir.

«Honnêtement, je ne me rappelle pas grand-chose… Je sais que je suis resté prêt des murs et des piliers pour être en couverture, une sorte de sens commun en fait, mais j’ai commencé à prendre quelques vidéos des flics dans le couloir. Je les ai suivis et j’ai continuer à filmer», rapporte-t-il.

C’est alors qu’est survenu le deuxième épisode de tirs, juste devant la bibliothèque du Parlement. Épisode qu’il a capté.

«C’était tellement bruyant tous ces tirs sur un homme, se souvient-il. J’ai ensuite vu la police surgir et vérifier son pouls ou autre chose. Puis, ils se sont retournés vers moi et ils ont vidé les lieux de toute personne.»

Josh Wingrove raconte qu’il a alors été poussé par un officier de police vers le vestibule, à l’extérieur de la Chambre des Communes, là où se tenait un scrum. Dix à quinze minutes plus tard, il téléchargeait les images captées sur le serveur du Globe and Mail.

«À ce moment-là, je n’avais pas vraiment vu le tournage, révèle-t-il. Je savais ce que j’avais vu, mais pas ce qui se trouvait réellement sur les images.»

C’est seulement lorsqu’elles se sont retrouvées sur le site du Globe and Mail et qu’elles ont commencé à être reprises par les rédactions du monde entier qu’il s’est rendu compte de la force qu’elles avaient. Son téléphone a commencé à sonner pour des demandes d’entrevues, alors que lui essayait juste de faire son travail, à savoir écrire son article pour le site web du Globe tout en mettant son compte Twitter à jour.

Comme reporter, il avoue avoir été frustré par le fait d’être bouclé à l’intérieur parce qu’il n’a même pas su tout se suite qu’une autre fusillade avait eu lieu au monument aux morts, à quelques blocs de là, quelques minutes auparavant. Il était cependant capable de suivre la situation de temps à autre sur Twitter, avant d’être transféré avec d’autres dans une salle avec un accès à la télévision.

«Il y avait 150 personnes environ, relate-t-il. Peut-être une douzaines de députés, une douzaine de journalistes également, et de nombreux touristes. Mais à aucun moment, nous ne nous sommes fait fouiller… le malaise était grand dans la salle parce que personne ne savait qui exactement avait été envoyé là. Il ne semblait pas que la police ait un plan défini.»

Capture1

Josh Wingrove ainsi que douze à quinze autres journalistes ont ainsi passé douze heures, confinés sur de la colline parlementaire.

«Je suis exténué. Je suis triste, je me sens étrange… en fait, je ne sais pas réellement comment je me sens actuellement, ajoute-t-il. Je pense beaucoup au soldat qui a été tué et je réfléchis à la manière dont tout ça a pu se dérouler par la suite.»

La Fondation du journalisme canadien a mentionnée le tournage de M. Wingrove, tout en recommandant à tous les reporters de bien prendre leurs précautions lorsqu’ils couvrent de tels incidents.

«La Fondation du journalisme canadien souhaite reconnaitre le courage et l’engagement de ces journalistes qui ont pu donner des informations de première main et raconter ainsi à toute la nation ce qui s’est passé hier», a écrit John Cruickshank, président de la CFJ et éditeur du Toronto Star, dans un communiqué de presse.

De son côté, Josh Wingrove est de retour au travail aujourd’hui [ndlr, jeudi dernier] et il ne se dit pas très à l’aise avec toute l’attention dont il est le centre.

«Hier, je suis venu pour travailler comme n’importe quel jour et j’ai été projeté dans cette situation, explique-t-il. Je faisais juste mon travail. Tout va bien pour moi aujourd’hui, mais je peux vous dire que ma mère est furieuse contre moi!»

Capture

Cet article vous a intéressé? Faites un don à ProjetJ

À voir aussi:

Comment les écoles de journalisme reconstruisent leurs programmes?

Pourquoi les journalistes sont-ils leurs pires avocats ?

Newzulu débarque à Montréal

Vers un journalisme pluriel

Épuisement professionnel: les journalistes de plus en plus à risque

Cotes d’écoute de l’information télé: l’hécatombe

Je twitte donc j’informe?